




J’ai récupéré ce vélo à la déchèterie, c’est l’exemple parfait d’une restauration complète. Cadre attaqué par la rouille, rayons presque en miettes, les quelques pièces en aluminium toutes rongées par l’alumine. À cette époque, je n’avais pas encore de Dremel : tout s’est fait à la main. C’était ma deuxième restauration ; j’avais donc un peu d’expérience, mais très minime face à un chantier pareil. Ce n’est pas le plus beau vélo, ni le plus prestigieux passé dans mon atelier, mais son état était tellement pitoyable, pour un vélo certes pas haut de gamme mais tout à fait respectable, que je ne pouvais pas le laisser finir à la ferraille.
*(Concernant l’appellation “Vitus 999”, on la retrouve associée à des jeux de tubes acier au chrome‑molybdène.) * [fr.wikipedia.org], [vitusbikes.com] [classicren…ezvous.com], [velovintageagogo.com]
Restauration : déroulement (tel que je l’ai vécu)
Avant de commencer quoi que ce soit, je me suis assuré d’avoir un peintre de confiance, car je ne saurais pas peindre un vélo aussi proprement qu’un professionnel. Une fois cela acté, j’ai attaqué le démontage, sans casse.
Le cadre a ensuite été préparé en microbillage avec mon parrain : à la main, des raccords aussi oxydés étaient pour moi, irrattrapables. Après microbillage, j’ai poncé le cadre au grain 400, je l’ai nettoyé, puis je l’ai emmené en peinture.
Pendant ce temps, je restaurais comme à mon habitude pièce par pièce, en commençant par toute la visserie — la partie la plus redoutée et la plus pénible, mais aussi un passage obligé pour obtenir un résultat vraiment fini. À l’époque, je ne connaissais pas la Dremel : aujourd’hui, je ne referais pas ce travail sans elle. La toile à gratter et la laine d’acier sont très pénibles à utiliser, cassantes pour les doigts (surtout dans les recoins) et, en plus, le résultat est moins propre qu’avec une Dremel.
J’ai ensuite nettoyé et relubrifié toutes les pièces en mouvement : dérailleurs, moyeux, étriers de freins et roulements. Le dérailleur arrière Stratec m’a donné du fil à retordre : tout était serti, donc inaccessible, avec une qualité qui n’est pas au standard le plus prestigieux. J’ai quand même réussi à déposer un peu de graisse et d’huile sur les axes. Les galets, eux, sont restés tels quels : soit sertis, soit fixés par une vis presque foirée sur une chape en plastique (dont, encore une fois, la qualité se passe de commentaire). Fait intéressant : les vitesses sont indexées au cadre.
J’ai dû retordre légèrement le pédalier Nervar et retordre une mâchoire de frein. Pour gagner du poids, j’ai monté un combo cintre/potence ITM Eclipse, couvert d’une guidoline Prologo du meilleur effet.
Une autre partie très, très pénible a été la restauration des roues : 36 rayons, donc peu d’espace pour passer la laine d’acier, des rayons très oxydés (la plupart ont dû être changés) et un cerclage attaqué par l’alumine. J’ai commencé par le cerclage, puis j’ai nettoyé et changé rayon par rayon. Ensuite, j’ai refait les moyeux, j’ai dévoilé les roues — avec parfois quelques casses de rayons lors de la mise en tension — et, pour couronner le tout, j’ai dû démonter la roue libre, complètement morte, surtout pour changer un rayon derrière celle‑ci (souvent, sur les roues arrière, un rayon casse côté roue libre, ce qui oblige à tout démonter). N’ayant pas un stock inépuisable de démonte‑roue‑libre, j’ai récupéré la bonne clé chez mon ami Mendes à Mirepoix.
Entre temps, j’ai fait faire des autocollants sur mesure pour respecter l’origine, à Alain de Allstickers. Une fois le cadre récupéré, j’ai pu commencer le remontage sans trop de problème… sauf une étourderie : j’ai inversé les deux cuvettes de pédalier. Heureusement, elles ont pu être remontées avec mon père — non sans mal. Depuis, les boîtiers de pédalier me font peur.
J’ai choisi de bons pneus Hutchinson et des patins de frein XLC neufs ; j’ai aussi opté pour une chaîne SRAM neuve. Pour les câbles de frein et dérailleur, j’ai utilisé un kit Shimano SLR. Comme à mon habitude, le remontage s’est terminé par un roulage, pour vérifier le bon fonctionnement en mouvement — et surtout profiter d’un vélo redevenu sain, propre et bien graissé.
Aujourd’hui
Aujourd’hui, ce vélo n’est plus dans ma collection. Il est chez un ami qui roule avec régulièrement et en prend soin : c’était la condition que je lui ai donnée pour lui confier.
