La ligature des roues est aujourd’hui une pratique relativement rare, mais elle a pourtant longtemps été utilisée sur les vélos de course et de randonnée. Sur un vélo ancien, elle peut apporter un réel bénéfice, aussi bien en termes de rigidité que de fiabilité.
Je vais ici parler principalement de cas rencontrés sur des vélos anciens, mais la méthode reste parfaitement applicable à d’autres usages, y compris sur certains VTT.
Pourquoi ligaturer une roue ?
Pour ma part, j’ai choisi de ligaturer les roues de ma randonneuse avant tout pour une question de rigidité, surtout à l’arrière. Ces roues Mavic en aluminium des années 40 possèdent des rayons un peu fatigués. Les tendre davantage aurait risqué de les endommager. J’ai donc préféré ligaturer les roues avant et arrière.
Outre le gain de rigidité, qui a été assez important sur ces roues un peu fatiguées, j’y ai également gagné en confiance. Sur une randonneuse, la ligature limite les mouvements de rotation des rayons sous charge, réduit les contraintes qu’ils subissent et diminue nettement les risques de casse.
Même dans le cas où un rayon viendrait à casser, la ligature permet de le maintenir en place et d’éviter qu’il ne se promène dans la roue. Cela permet souvent de terminer une sortie sans problème majeur.
L’autre cas où la ligature présente un véritable intérêt concerne les roues de montagne très allégées, notamment celles comportant moins de 28 rayons. Dans ce cas, elle devient presque indispensable.
Pourquoi les roues arrière sont-elles concernées ?
Le problème de rigidité concerne principalement la roue arrière. Contrairement à la roue avant, la présence de la roue libre oblige à décaler la jante vers la droite par rapport au centre du moyeu.
Les rayons du côté transmission sont donc plus verticaux et beaucoup plus tendus, tandis que ceux du côté opposé sont plus inclinés et moins tendus.
Cette dissymétrie entraîne :
- une tension plus importante côté roue libre ;
- une tension plus faible côté opposé ;
- davantage de mouvements des rayons sous charge ;
- une rigidité latérale plus faible.
À cela s’ajoutent les contraintes engendrées par la roue libre ainsi que les risques liés aux déraillements qui peuvent parfois endommager ou casser des rayons.
Certaines roues extrêmement légères, comme certaines roues de montagne en 24 trous ou certaines Campagnolo Shamal, ne peuvent mécaniquement pas atteindre la rigidité d’une roue traditionnelle plus rayonnée. La ligature permet alors de limiter les mouvements de rotation des rayons et d’améliorer le comportement global de la roue. Sur les Shamal, cette opération n’est malheureusement pas réalisable.
Je conseille de réaliser l’opération sur une roue déjà parfaitement dévoilée et correctement tendue. Cela évite d’avoir à retendre les rayons après coup et de risquer d’endommager les ligatures.
Le matériel nécessaire

Pour réaliser une ligature, il faut peu d’outillage :
- une pince coupante ;
- une pince classique ;
- du fil de laiton ou du fil d’étain ;
- un petit fer à souder ;
- de l’étain.
Le fil d’étain seul fonctionne, mais il est plus fragile et il est plus difficile d’obtenir une finition propre.
Pour ma part, j’utilise du fil de laiton de 0,5 mm de diamètre.
Je coupe environ 15 cm de fil par ligature. Cette longueur peut être adaptée selon l’aspect recherché, mais j’aime obtenir des ligatures assez volumineuses et solides.
Il est important de prévoir une certaine longueur car les extrémités serviront à mettre la ligature en tension à la fin.
Sur une roue de 36 rayons :
- 18 ligatures sont nécessaires ;
- soit environ 2,7 mètres de fil par roue.
Comptez environ 4 heures de travail pour réaliser une roue complète dans de bonnes conditions.
La méthode
1. Préparer la ligature
Passez le fil entre les deux rayons au niveau de leur croisement.
Laissez dépasser une petite longueur de l’autre côté.
Prenez ensuite l’extrémité libre et enroulez-la autour de la partie principale du fil que vous venez de passer.
Dès le départ, veillez à serrer correctement afin d’éviter d’avoir à retendre excessivement la ligature par la suite.

2. Réaliser les enroulements
Une fois le premier tour effectué, réalisez le nombre de tours souhaité.
Pour ma part, j’en fais généralement sept.
Pendant l’enroulement :
- gardez une tension constante ;
- évitez que les spires ne se chevauchent ;
- maintenez un alignement régulier.
Une belle ligature est avant tout une ligature propre et uniforme.

3. Verrouiller la ligature
Lorsque vous arrivez au dernier tour, passez l’extrémité du fil dans l’autre croisement des rayons.
Il s’agit du croisement opposé à celui utilisé au début de l’opération.
Passez ensuite cette extrémité entre les rayons et l’enroulement déjà réalisé.
À ce stade, les deux extrémités dépassent de part et d’autre de la ligature.
4. Mettre en tension
Saisissez les deux extrémités avec la pince et tirez une première fois afin d’éliminer tout jeu dans l’enroulement.
Répétez ensuite l’opération une seconde fois, en prenant les fils le plus près possible de la ligature.
Tirez jusqu’à casser proprement les deux extrémités.
Si tout a été correctement réalisé, aucun morceau de fil ne doit dépasser.
Il est cependant possible que la ligature reste légèrement mobile malgré une bonne tension.

5. Souder
La dernière étape consiste à déposer une petite goutte d’étain à chaque extrémité de la ligature.
Cette soudure a pour rôle :
- de maintenir les extrémités en place ;
- d’empêcher tout mouvement de la ligature ;
- d’assurer une belle finition.
Une fois l’étain refroidi, pincez les deux rayons pour vérifier que la ligature ne coulisse pas.
Si elle bouge encore, retirez l’étain et recommencez l’opération.

6. Finition
Pour obtenir un résultat plus esthétique, vous pouvez terminer par un léger ponçage au papier abrasif P400.
Cela permet :
- d’uniformiser les soudures ;
- d’éliminer les éventuelles aspérités ;
- d’obtenir une finition plus propre et plus discrète.
Conclusion
La ligature des roues demande un peu de pratique mais c’est un savoir-faire qui s’apprend rapidement.
Sur un vélo ancien, elle présente un véritable intérêt, particulièrement sur la roue arrière. Que ce soit pour gagner en rigidité, améliorer la fiabilité, limiter le travail des rayons ou simplement pour l’esthétique, les avantages sont réels.
C’est également une solution intéressante pour redonner du service à certaines roues qui seraient difficiles à récupérer avec une simple remise en tension.
Pour ma part, sur des roues anciennes ou fortement sollicitées, la ligature reste une intervention que je n’hésite pas à réaliser. Elle apporte un supplément de rigidité et de sérénité qui se ressent immédiatement sur la route, tout en conservant un charme très « atelier » propre aux vélos traditionnels.
